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Une petite grotte à flanc de falaise

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Kanamaru
étudiant(e) de Konoha



Inscrit le : 22 Mar 2008
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MessageSujet: Une petite grotte à flanc de falaise   Mar 29 Avr - 21:26

Voilà, toujours la même chose, retour à la case départ comme tous les ans, un coup de blues essuyant les plâtres d’une humeur nauséabonde. Cet endroit, c’est le mien et celui de personne d’autre, ma sève à moi, celle qui coule dans mes veines, celle que personne ne connaît. Et bien oui, on a beau passé son temps à essayer de mettre en place la connerie la plus ingénieuse, on en reste pas moins un humain, avec ses faiblesses et ses tristesses. Pffff…tous des nuls de toute façon, incapables de comprendre ce qui se cache derrière ce mutisme permanent. Il y a bien sûr Hekema kun et Yuki avec qui je passe de bons moments, mais leur amitié ne remplacera jamais celle que j’ai perdu ici…il y a aussi Aya chan et Koro nii san, ils sont gentils tous les deux et s’occupent bien de moi malgré ce que je leur fait subir, mais leur affection ne remplacera jamais celle que j’ai perdue ce jour là…il y a encore tous les autres Konohans, mais aucun ne remplacera jamais Maya…aucun.
Et au milieu de tout ça, bah, il y a moi, un sale gosse de douze ans qui passe ses journées à sourire à tout bout de champ. C’est tellement plus simple de sourire, c’est si facile de cacher là où ça fait mal, vraiment mal. Et puis sourire, ça évite les questions et offre une insouciance protectrice, les autres vous croient heureux vingt quatre heure sur vingt quatre, et on ne s’inquiète pas de quelqu’un qui a l’air heureux. Et puis être muet c’est bien pratique aussi, ça évite de répondre aux questions gênantes. Bref, comme je le disais peu avant, c’est tous des nuls qui comprennent rien à rien. Bordel, qu’est ce que je me hais quand je suis comme ça…et qu’est ce que je les hais aussi, même si je ne sais pas pourquoi. Aujourd’hui, je n’ai aucune envie de sourire, et je déteste penser ainsi, j’ai l’impression d’être la dernière des raclures, incapable de dire merci pour tout ce que les autres m’offrent avec sincérité. Bordel, je me hais vraiment, et toi aussi je te hais, espèce de salop qui m’a enlevé ma raison de vivre, je te hais, et si je le pouvais, je te tuerais une seconde fois.
Maya ? Regarde mon cœur, il balance, il ne souhaite qu’une chose chaque année à la même époque, sortir de cette enveloppe charnelle encombrante et reposer à tes côtés pour l’éternité…regarde mes yeux, ils ne pleurent que pour toi, préférant conserver leurs larmes pour nos retrouvailles. Il manquerait plus que ça qu’ils me voient chialer les autres, et puis quoi encore. Ah ça, non, il n’en est pas question, si c’est pour les voir s’agglutiner comme des bêtes curieuses et tenter de me consoler, alors que dans ces cas là, je ne désire qu’une seule chose, c’est rester seul. Ah ça, non, c’est sûr, jamais je ne leur offrirais ce plaisir, ce n’est que pour toi Maya, que pour nous, il n’y a que toi qui a le droit de connaître ce qui se cache tout au fond, que toi qui puisse le comprendre. Je t’aime Maya, je t’ai toujours aimé et rien d’autre ne compte, tout le reste on s’en fout. Bordel, qu’est ce que je me hais quad je suis comme ça. Pffff…rien à battre, y a que toi et moi ici.
Ici, où s’élève cette stèle, fabriquée de mes propres main, que je contemple, avec ton nom dessus et ce petit texte que j’ai moi-même gravé lorsque je t’y ai enterré :


Plus qu’une amie, plus qu’une amante
Tu étais comme un autre moi
Celle qui juste en un regard
Sondait mes peines et mes espoirs
Attends, bientôt je serais là
Attends Maya, et tends les bras
Entre les cieux je glisserais
Puis d’un linceul m’habillerais
Pour me jeter tout contre toi
Ma douce étoile bien trop filante.



Personne d’autre n’est au courant que tu te trouves ici. C’est horrible hein ? Je suis un salopard hein ? De quel droit me suis-je permis de dissimuler ta mort à tout le monde. Dans ton village, ils croient tous que tu es partie à la mort de ton père. Ils n’ont pas vraiment tort, tu es partie oui, mais pour toujours. Pfff…tous des idiots eux aussi. Je suis une ordure hein ? Bordel, qu’est ce que je me hais quand je suis comme ça.
Ouais, c’est moi qui l’ai faites ta tombe, tout comme tu aurais aimé, un parterre de fleur multicolore étoffé tous les ans, lorsque je viens me poser ici, pendant des heures entières, toutes plus glauques les unes que les autres. Le rituel est toujours le même.
Du haut de la falaise, je regarde vers le bas, hésitant même quelques instants à me laisser choir. Ce serait tellement plus simple…non, ce serait trop simple en fait et je ne ferais que bafoué tout ce pourquoi nous étions heureux ensemble. Ensuite, j’attrape une rose blanche, symbole de la pureté de notre tendresse mutuelle, et l’accroche aux quatre coins d’un petit sac en toile mis à plat, afin de former un parachute. Une fois le tout assemblé, je lâche la rose qui descend doucement, ondoyante, virevoltante au gré du vent qui en profite pour essayer de soulever la capuche de ma toge. Mais elle reste agrippée à mon crâne quoiqu’il arrive, retombant par-dessus les yeux, elle est mon deuil au moins autant que mon mutisme. Elle est ma punition pour n’avoir rien pu faire, pour ne pas t’avoir rattrapée…pour être tout simplement un pauvre crétin inutile incapable de protéger ceux qu’il aime dans ce monde ninja. Bordel, qu’est ce que je me hais quand je suis comme ça.
J’attends que la rose blanche tombe au fond du gouffre, profond d’une cinquantaine de mètres, puis je descends doucement jusqu’à la petite chute d’eau, accroché à la paroi rocheuse…pas question d’utiliser le kinobori même si j’en suis maintenant capable…non, mon chemin de croix à moi, c’est de risquer ma vie à chaque fois que je viens te voir, je n’imagine même pas agir autrement. Une fois près de la cascade, je me glisse derrière, dans ce lieu tout droit sorti d’un conte de fée que j’ai découvert quand je suis descendu te chercher la première fois ; une grotte, serpentant dans la roche, sûrement creusée en d’autres temps pour protéger les villageois en cas d’attaque. J’avance dans le noir, pas à pas, guidé par la seule pensée de ta présence non loin. Tout me revient en mémoire maintenant, de l’instant où j’ai commencé à porter ton corps inerte, cognant toutes les deux secondes contre les parois rocheuses et agressives dans cette obscurité interminable, le regard vide comme celui du boxeur ayant encaissé un KO inattendu, jusqu’au moment où j’ai découvert cette endroit magique dans lequel je me trouve à présent.
Là, enclavé dans la falaise, une surface caverneuse comportant un bassin en son centre et éclairé par les doux rayons du soleil contre ma peau, qui transpercent la paroi supérieure en de multiples points placés de telle façon que ce lieu reste caché de la surface et apporte la luminosité suffisante à toute tentative de culture dans un sol aussi terreux qu’argileux. C’est là que tu repose à jamais, là que j’ai construit la stèle après de multiples allers retours, chargé de pierres diverses. C’est aussi là que tous les ans je viens planter quelques graines et contempler le résultat florissant. Des plantes d’une variété rare s’entremêlent, formant un véritable tourbillon de couleurs chatoyantes.
Une fois le rituel terminé, je m’assois et je me perds dans mes rêves, dans nos rêves, je te parle longuement, racontant tout ce qui m’est arrivé au cours de l’année précédente…puis j’attends, comme si tu allais me balancer l’une de ces remarques perspicaces qui calmerait mes ardeurs, comme toi seule savait le faire…puis je pleure…comme un con. Bordel, qu’est ce que je me hais quand je suis comme ça.
Voilà, c’est ça mon jardin secret, ce que je cache dans mon cœur de sale gosse, ce que vous ne verrez jamais, ce que vous ne comprendrez jamais.
Bordel…
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